Une enseignante rééducatrice dans des établissements premier degré parle de son travail. Elle apporte ainsi quelques principes pour accompagner les élèves en difficulté

Les fondements importants

 

  • Ne pas confondre le symptôme avec le problème

Un symptôme a du sens pour l’élève, il lui permet de résoudre un problème, une souffrance. Oter le symptôme, c’est mettre l’enfant en danger.

  • L’importance du cadre

Nécessité d’une salle pour dire des choses en jouant avec des règles, pour faire semblant…

Une clause de confidentialité pour l’enseignant, sauf s’il pense qu’il y a danger pour l’enfant.

Une rencontre avec les parents et un accord avant la prise en charge est nécessaire.

Les observations sont communiquées aux familles en accord avec l’enfant.

  • Les enfants concernés

Des enfants qui sont dans le trop ou le pas assez, débordants ou inhibés

  • Une finalité 

L’entrée dans les apprentissages pour des enfants qui sont en refus d’apprendre. Mettre en place les conditions psychoaffectives pour apprendre : être séparé de son groupe familial en sécurité (milieu d’appartenance), se sentir autorisé à adopter des codes de conduite nécessaires à l’apprentissage, tolérer l’absence et accepter d’être seul face à une tâche, avec une estime de soi suffisamment bonne, accepter de ne pas savoir et d’être dépendant de celui qui sait (ne pas être dans la toute puissance), maîtriser ses émotions, accepter d’être un parmi les autres sans avoir peur d’être absorbé par le groupe, un être différencié, sexué

Exemple de prise en charge

 

Un enfant de CE1 qui refuse d’aller à l’école, avec diagnostic de dysphasie. Le travail consistera à refaire le chemin de la maison à l’école (de séance en séance) + lui donner un permis de conduire qui l’autorisera à aller de la maison à l’école. Puis, jouer des scènes correspondant aux difficultés que l’enfant décrit dans son vécu à l’école ou en famille. Il est alors possible de donner des explications aux enseignants sur ce que vit l’enfant. Exemple : si un enfant a peur de dire ce qu’il est interdit de dire (On pourra peut-être remettre en cause les ateliers de langage vécu à l’école ou leur organisation).  Au terme de la prise en charge on observe un enfant qui est maintenant heureux de venir à l’école et pour lequel les enseignants font avec la situation comprise.

Des modalités de travail

Supports variés : dessins, pâte à modeler, jeux à règles, matériel de motricité…

Le travail avec le groupe classe

Il est parfois nécessaire pour que chacun puisse trouver sa place en partant d’une image choisie avec le maître de la classe : ateliers psycho, conseils coopératifs, expression corporelle, jeux symboliques… Chaque enfant peut trouver sa place dans ce travail, acquérir de l’autonomie… L’information aux parents est alors nécessaire.

Des points importants à retenir
  • Importance du travail de problématisation qui permet de comprendre ce qui se passe.
  • Le travail de rééducation aboutit à des décisions que permettent les éclairages y compris dans les classes ordinaires : arrêter les ateliers de langage, change de regard grâce au décalage, à l’empathie…. Décaler les exigences, les contenus…
  • L’importance de la parole de l’enfant pour pouvoir comprendre les situations. Il faut parfois trouver comment accéder au problème sans le langage : situation de jeux pour dire sans la parole.
  • Donner des lieux pour les enfants pour « dire » à l’école.
  • La nécessité d’apprendre à faire avec la réalité de l’enfant.
  • Construire un cadre contenant et sécurisant pour que l’élève s’autorise à apprendre
  • Le travail en groupe classe pourrait être proposé dans toutes les classes pour favoriser la vie collective dans la classe. Ce travail nécessite un certain renoncement de la part de l’enseignant pour laisser la place aux élèves. Il permet à l’enseignant de changer de regard.
  • Les élèves peuvent trouver des stratégies pour résoudre des problèmes si on leur fait confiance, si on sollicite des décisions : ne rien dire est une façon de s’exprimer. Avoir le temps de ne pas parler est important aussi.
  • La co-animation permet d’échanger entre enseignants et donc de mieux comprendre les situations.

 

Pour en savoir plus : AGSAS

Sophie Binétruy

Maître rééducateur

Besançon